AUTOMNE
Adieu les bleuissants matins
Des jours brûlants où l’on s’éveille
Au concert ailé de l’abeille
Volant aux roses des jardins.
Adieu. Dans le ciel gris et terne
Entendez-vous hurler le vent ?
La rafale arracher l’auvent ?
L’eau sangloter à la citerne ?
L’angélus, triste comme un glas,
Tremblote au fond d’un ciel qui pleure
Où s’attarde encor malgré l’heure
Une aube grise et sans éclats.
Il pleut. Le vent lugubre entonne
Un chant de mort, et ce long cri
Résonne aux coins de notre abri
Qui tremble à l’ouragan d’automne.
Lentement, près de mon chevet
Un dernier brin de chèvrefeuille
Se fane et tombe sur la feuille
Où traine un rêve inachevé.
L’INVITE
C’est en vain qu’au balcon, tout près de toi, les roses
Défripent ce matin leur coeur où le soleil
Comme un pieux amant, ou vêtu d’or vermeil,
Boit les larmes perlant au creux des feuilles roses.
Qu’un peuple ailé bourdonne en bas, sous les massifs,
Et module une aubade à nulle autre pareille,
Même, un insecte vient siffler à ton oreille
Sans irriter tes yeux cernés et bien pensifs.
Les livres favoris dorment sur l’étagère,
La musique est intacte encor sur son rayon,
Par ce matin si doux, fais chanter ton violon,
Tiens, dis-nous ce rondeau d’allure si légère.
Puis, nous irons cueillir les boutons entr’ouverts
Au jardin, où souper en quelque coin la Muse
Nichée au cœur d’un chêne ou dans les fleurs s’amuse
A chuchoter tout bas, tout bas, de tendres vers.